Rencontre avec BERTHET ONE

Interview

artiste berthet one

C'est d'abord dans la rue que j'ai découvert le travail de BERTHET ONE. J'ai eu envie d'en savoir plus sur l'artiste qui se cachait derrière ces oeuvres au style très marqué, aux traits incisifs et provocateurs. Le rendez vous fut donc pris sur les berges du canal Saint Denis à l'occasion de la création d'une grande fresque collective à l'initiative du crew TAP.

Qui es tu ?

Je suis BERTHET ONE. C'est mon nom d'artiste. Je suis auteur de bandes dessinées et graffiti artiste.

Pourquoi BERTHET ONE ? 

C'est tout simple en fait, mon pseudonyme est aussi mon prénom : Berthet. En revanche, il existe déjà un célèbre dessinateur de BD qui s'apelle philippe Berthet. Alors, moi qui viens du graffiti, pour nous différencier, j'ai décidé d'utiliser les codes du hip hop et c'est devenu BERTHET ONE.

Quel a été le declic qui t'a donné envie de te mettre au dessin ?

J'ai une dizaine d'année, je regarde le club Dorothée, c'est là que je découvre le travail de CABU au travers de ses caricatures. CABU était capable de raconter une histoire juste avec une image. Malgré la déformation qu'il apportait à ses personnages, ils restaient vraiment reconnaissables. J'ai trouvé ça génial ! Ça a vraiment été l'élément déclencheur qui m'a donné envie de me mettre à dessiner.

Au départ j'ai essayé de reproduire des personnages de dessins animés et je me suis rendu compte que j'avais des facilités. À l'école je faisais des dessins de mes camarades de classes. Ils étaient super contents. C'est ce qui m'a motivé à poursuivre.

canal saint denis graffti

Le graffiti ?

Au collège, par l'intermédiaire d'un ami, j'ai rencontré un de ses potes graffeurs. Au départ, je ne savais ce qu'était un "Graffeur". Il m'a expliqué que ce sont les mecs qui font du graffiti et des tags sur les murs. À cette époque-là, il y avait un grand mur à la Courneuve où des artistes reconnus dans le milieu, venaient poser régulièrement comme JONONE entre autres... Tous petits, nous allions là-bas pour les regarder peindre et nous trouvions ça vraiment cool.

Son nom d'artiste était SID.B. Maintenant, il est connu sous le nom de DESY. Il m'a dit qu'il faisait parti d'un crew : Le 3HC. De là, on a commencé à traîner ensemble. J'ai ainsi été amené à rencontrer BROK, BABS ect... Et c'est comme ça que j'ai intégré le milieu du graffiti, un peu par hasard finalement, à l'âge de 16 ans.

Mais, assez vite, je me suis dit : "Ok, c'est bien beau de peindre sur les murs, mais je ne gratte pas de tunes". Moi qui ai grandi dans une cité avec des mecs qui prennent des sous, j'ai eu envie de faire pareil et j'ai laisser tomber le graffiti pour me lancer dans des activités plus lucratives. J'ai demandé autour de moi comment il fallait s'y prendre.

L'un de mes potes m'a répondu :"Moi, je vole des vélos et je les revends aux petits du quartier. Si tu veux, viens, on y va". J'ai foncé et n'ai plus arrêté... Jusqu'à ce que, quelques années plus tard, à 29 ans, je me fasse choper pour braquage à main armée et que j'écope d'une peine de 10 ans de prison.

lavomatik graffiti

Ton emprisonnement ? Décadence et résurrection...

Alors, comme tu le sais, j'ai eu un parcours assez atypique. Celui d'un jeune de quartier qui a grandi à la Courneuve en Seine Saint Denis, qui a fait pas mal de conneries qui lui ont values de finir en taule. La prison a été un véritable électrochoc. C'est là que j'ai pris conscience que je valais mieux que tout ça et qu'il était temps de me ressaisir.

J'ai repris mes études en passant un BAC littéraire que j'ai obtenu avec mention. J'ai ensuite poursuivi avec un BTS en communication, par lequel j'ai acquis des compétences qui me sont utiles dans les activités que je mène aujourd'hui. J'avais de bons résultats en cours mais je m'ennuyais un peu, j'avais besoin de plus...

C'est comme ça que je suis revenu à ma passion première, c'est à dire le dessin !
En mettant en scène mes codétenus dans des situations burlesques. Ce qui les faisait d'ailleurs beaucoup rire. Souvent, ils me réclamaient même d'apparaître sur mes prochaines planches. Quand ils ont vu ce que je faisais, ils m'ont tous dit :" Tu as un talent de dingue et tu n'en fait rien. Si nous avions eu un don comme le tien, nous ne serions pas en prison aujourd'hui".

À ce moment là, je n'avais pas vraiment l'idée de faire une BD. C'était plutôt comme un exutoire, un moyen de m'évader et d'apporter un peu de joie dans un environnement dur où les distractions sont très limitées.

Finalement un surveillant pénitentiaire a remarqué mes dessins, et m'a incité à participer à des ateliers d'art et d'écriture. L'animateur de ces ateliers a vu mon potentiel et m'a proposé d'exposer certaines de mes oeuvres hors les murs.  Puis il m'a inscrit à différents concours qui se tenaient à l'extérieur. Concours, que j'ai, pour la plupart, remportés.

J'ai, notamment participé en 2009, au concours "Trans Murailles" à l'occasion du prestigieux festival de bande dessinée d'Angoulême, où j'ai reçu le premier prix. Ce qui m'a valu d'être repéré par différents éditeurs qui sont venus me rencontrer au parloir afin de me proposer de m'éditer. Suite aux études de communication que j'avais suivies, j'ai réfléchi et je n'ai pas voulu me précipiter et signer avec le premier venu.

Il s'est passé un an entre la visite du premier éditeur et ma libération conditionnelle en 2010. Ça m'a permis de m'organiser. Je me suis bien entouré en constituant une équipe autour de moi avec manager, avocat ect... Afin de bien préparer ma sortie.

graffiti paris 19 gorille

Peux-tu me parler un peu de ta première BD "L'évasion,  journal d'un condamné"?

Je l'ai intégralement produite derrière les barreaux. Le thème de cette BD est inspiré par mon quotidien en milieu carcéral. Je me sentais un peu comme un journaliste en immersion. Je voyais des choses et j'avais envie de les retranscrire sur le papier. C'était aussi une occasion pour moi de parler de cet univers très particulier et rude, tout en utilisant le ton de l'humour et de jouer avec les clichés et préjugés que peuvent avoir les gens à l'extérieur.

Bande dessinée, BD, Berthet One

Comment s'est passé ta sortie ? La Li-Berthet ?

À peine deux heures après ma sortie, j'ai reçu un appel téléphonique pour me proposer de faire une exposition dans une galerie rue du Faubourg Saint Honoré, spécialisée dans le street art.

Le jour J, ça a cartonné. 65 de mes dessins étaient exposés et en moins d'une heure le 3/4 d'entre eux été déjà vendus. Ce qui a attiré l'attention des médias présents à l'événement, qui se sont demandés"Mais, c'est qui ce mec ? D'où il sort ?".

Après, tout s'est enchaîné très vite. J'ai été invité à intervenir sur différents médias pour parler de mon travail. J'étais un peu un OVNI dans le milieu de la BD qui reste un secteur assez élitiste. Malgré ça, mon premier album s'est vendu à plus de 10 000 exemplaires en un an.

Au départ, je n'avais pas prévu de produire une suite à "L'ÉVASION", mais elle m'a été beaucoup réclamée par mon public. C'est donc tout naturellement que j'ai décidé de traiter dans le tome II "VIVE LA LIBERTHET" de la réinsertion, en expliquant comment se passe le retour à la vie normale si je puis dire...

Je me suis également remis au graffiti pour le plaisir. Principalement sur des murs libres et souvent en collaboration avec d'autres artistes urbains.


Quelles sont tes sources d'inspirations ?

Je me suis inspiré de ce que j'ai connu, de ce que j'ai vu, et de ce que j'ai vécu. Concernant
le contenu de mes deux premiers albums, soit l'évasion I & II, j'avais juste à lever les yeux : Tout était là. Les sources d'inspiration étaient tout ce qui m'entourait. Maintenant tout ça est derrière moi et j'ai envie d'aborder d'autres sujets sur des thèmes complètement différents.

Dans le style, j'ai été aussi été très influencé par la revue satirique Fluide Glacial.

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Quel est ton message ?  

Peu importe ton milieu social, tes origines. Si tu veux vraiment t'en sortir, sache qu'avec de la persévérance, tu peux arriver à faire de grandes choses.

Si j'ai un conseil à donner aux jeunes, ça serait qu'il faut croire en soi, en ses capacités et être déterminé. À partir de là, tout est possible !

En parallèle de mes activités artistiques, j'ai monté une association "MAKADAM". Le but étant d'emmener la culture là où elle reste difficile d'accès. J'interviens dans des quartiers défavorisés pour y partager mon parcours et faire de la prévention au travers de l'art. J'ai monté des partenariats, notamment, avec le ministère de la justice, ce qui me permet de rentrer chaque mois dans les prisons pour y animer, à mon tour, des ateliers de bande dessinée auprès des détenus.

Ton meilleur souvenir depuis le début de ton parcours artistique ? 

Par l'intermédiaire du journaliste Dominique Simonnot, j'ai eu l'immense honneur de rencontrer CABU, celui qui m'a donné l'envie de dessiner quand j'étais tout gosse. CABU, pour qui j'ai toujours eu énormément de respect et d'admiration, restera sans aucun doute un de mes plus beaux moments d'échange et de partage.

Pour conclure, quels sont tes projets pour les mois à venir ?

J'ai plusieurs projets de BD en cours de création ainsi que l'adaptation au cinéma de "L'EVASION"... Affaire à suivre ;) !

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