18EME DESIGNE : Artiste sensible et connecté

Interview

Oeuvre réalisée par Iléa (18eme designe)

C’est rue Briquet, à Montmartre, quartier cher à l’artiste que je rencontre Iléa dit 18EME DESIGNE, pour le suivre à l’occasion d’une session collage.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je dirais que je suis un artiste intimiste.

Quel est le parcours personnel et professionnel qui t’a poussé vers la création digitale ?

J’ai grandi en Afrique, à Abidjan, jusqu’à l’âge de 15 ans. Nous sommes venus nous installer en France mon père, mon frère et moi pour fuir la guerre qui faisait rage en côte d’ivoire. C’est notre père qui nous a élevés, nous avons perdu notre mère quand nous étions encore enfant.

J’ai, au départ, intégré une école de musique, la MANUFACTURE DE LA CHANSON à Paris. A la suite de quoi, j’ai monté mon Label et sorti deux albums avec mon groupe de rap. Je me suis lancé à corps perdu dans la production musicale. Mais, être artiste à part entière et vivre de son art génère beaucoup de pression. Ça devient difficile de livrer ses émotions. La démarche n’est plus vraiment naturelle. Ça finit par créer des blocages.

Après la perte de mon père, avec qui j’entretenais une relation très fusionnelle, j’ai complètement arrêté la musique. J’étais alors âgé de 24 ans. J’ai eu la chance de trouver une autre soupape de décompression en reprenant des études, dans le domaine des arts graphiques. Ce sont ces études qui vont finalement m’emmener vers la pratique de l’art digital. Aujourd’hui je me sens complètement libre dans mon art.

art by iléa - 18eme designe

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’exprimer dans la rue ?

Un jour où je regardais des tutos sur internet, je suis tombé sur une vidéo D’AARON GRIFFIN, artiste digital à New York,  en train de coller une de ses œuvres dans la rue à l’occasion d’un événement. Ça a été le déclic.  Je me suis dit que j’avais envie de faire la même chose. 

Tes œuvres sont visibles uniquement dans le 18ème, quel lien entretiens-tu avec ce quartier ?

C’est ce quartier qui nous a accueillis quand nous avons posé nos valises en France. J’y suis très attaché. C’est le quartier où j’ai grandi et qui m’a fait grandir.

Tous les lundis matins, j’empruntais la rue Briquet pour me rendre à l’internat. J’y croisais toujours un street artiste qui peignait sur les murs. Curieux, un jour je me suis arrêté pour lui demander pourquoi il faisait ça. A quoi il a répondu : « C’est mon seul moment de kiffe ». Çà m’a vraiment marqué. Même si, à l’époque, je ne me doutais pas que j’y viendrais à mon tour. Ce mec-là m’a donné la réponse ultime. C’est une des raisons pour lesquelles je suis vraiment content d’exposer mon art dans cette rue aujourd’hui.

collage de l'artiste iléa

Quelles sont les étapes de ton processus créatif ? Quelles techniques utilises-tu pour réaliser tes œuvres ?

Je pratique le digital painting. C’est une forme d’art numérique apparu dans les années 1990 dans laquelle les techniques traditionnelles de la peinture, telles que l’aquarelle, les huiles... sont appliquées à l’aide d’outils numériques grâce à un ordinateur et à des logiciels PAO tel que Photoshop et Illustrator.

Je passe environ une dizaines d’heure sur chaque image. Je travaille toujours mes portraits en couleurs. Cela me permet de révéler toute l’intensité sur le regard, qui est au centre de ma création graphique. Mes collages de rue sont toujours en noir et blanc,  essentiellement pour une question de budget, mais j’espère pouvoir y apposer prochainement des versions en couleur.

oeuvre de Iléa - 18eme designe

Quand je crée un portrait,  j’ai besoin d’un moment où je suis seul face à mon ordi. Je serais incapable d’aller dans la rue, de coller une photo et de la peindre en direct. C’est quelque chose de trop personnel pour que je puisse lâcher mes émotions sur l’instant avec l’interaction des passants. Au départ, ma démarche est assez égoïste. Au travers de mes œuvres, c’est ma vie que je raconte. Le moment de partage vient quand je vais dans la rue pour poser mes collages. C’est là que mon Art prend toute sa dimension.

Concernant la post production, je collabore avec un imprimeur situé à Bagneux, avec qui, au fur à mesure du temps, j’ai créé une relation de confiance. L’étape d’impression est très importante. C’est vraiment la finalité de mon travail. Il faut que tout soit parfait.

J’obtiens des rendus très différents selon les supports d’impression utilisés comme : Sur toiles canvas, sur plaques en forex finition mat ou plaque en aluminium brossé …

Pourquoi avoir choisi de représenter uniquement des portraits d’enfants ?

Les enfants incarnent le lien que j’entretiens avec ma propre enfance, des souvenirs précieux où ma famille était encore au complet.

Mes portraits représentent des enfants de tous les pays du Monde. J’ai vécu jusqu’à mes 15 ans en Côte d’Ivoire où j’étais scolarisé dans un lycée français. J’y ai côtoyé beaucoup de nationalités différentes. J’adore cette mixité des cultures et j’estime que chaque enfant de quelque horizon qu’il soit te ramène à quelque chose d’essentiel dans ta propre vie.

Les portraits sont pour moi un hommage à la vie. J’accorde une grande importance au regard, à l’émotion qui s’en dégage.

street art by iléa

Quelles sont tes sources d’inspirations ?

AARON GRIFFIN, ANDART FAHRY et CICADASKIES sont les trois artistes digitaux qui m’ont vraiment inspiré et qui m’ont aidé à perfectionner ma technique au travers de leurs tutos en ligne.

Dans le STREET ART, j’aime beaucoup le travail de HOPARE, notamment, son traitement de la couleur et son jeu sur le regard.

J’ai également une grande d’admiration pour l’artiste C215. Ces pochoirs sont d’une précision incroyable. À chaque fois que je vois une de ses œuvres, j’y vois du dessin vectoriel poussé.

La photographie est bien sûr une source d’inspiration importante. C’est la base de mon travail de digital painting. Il faut qu’elle provoque chez moi une émotion, que je puisse me transposer dans l’image. C’est là que tout se joue.

street art paris

Ton meilleur souvenir depuis le début de ton aventure artistique ?

C’était rue briquet, un dimanche ensoleillé, j’avais déjà fait deux collages et j’étais en train de finir de coller le dernier.  Quand je me suis retourné, j’ai pris conscience qu’il y avait un vingtaine de personnes qui s’étaient arrêtées pour me regarder travailler. Ça m’a vraiment touché .C’est pour des moments comme celui-ci que je prends tant de plaisir à exposer mon art dans la rue. Le Street Art est, pour moi, une formidable aventure humaine.

Comment voudrais tu que les gens réagissent face à tes œuvres ?

J’ai envie de pousser les gens qui regarderont mes portraits à une réflexion intérieure. Je souhaite que chacun puisse s’y retrouver, y projeter sa propre histoire.

As-tu collaboré avec d’autres artistes ou l’envisages-tu pour la suite ?

Je collabore avec plusieurs photographes de diverses régions du Monde afin de proposer une multitude de portraits aux horizons totalement différents.

J’avais aussi envie de travailler avec un artiste situé dans le 18ème. J’ai eu la chance de rencontrer le photographe CEBOS NALCAKAN. Tu vois, la petite métisse que je suis en train de recouvrir, c’est une gamine du quartier de la goutte d’or prise par CEBOS. D’ailleurs, quand la mère de la fillette a vu la photo de sa fille exposée sur le mur de notre quartier, elle est tout de suite venue à notre rencontre pour nous remercier. Ça l’a rendue vraiment fière.

18eme designe en session collage - Paris 18

Quels sont tes projets pour la suite ?

Continuer à kiffer !

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ILEA/18EMEDESIGNE
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